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Des gens craignent la propagation de grippe aviaire chez l’humain


Bien qu’elle soit très rare, la transmission à l’humain de l’influenza aviaire hautement pathogène, du sous-type H5N1, inquiète à Lac-Brome. De son côté, la Santé publique de l’Estrie assure que la maladie n’a fait aucune victime au pays, outre chez les oiseaux.


Étienne Beaulieu, un citoyen résidant à près d’un kilomètre du site de Canards du lac Brome, durement touché par la grippe aviaire, a été très malade il y a à peine quelques jours. Au point où il a dû être gardé en observation à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, à Cowansville.


«Au début, je pensais que j’avais la COVID, mais ce n’était pas ça. Et ce n’était pas l’influenza [saisonnier] non plus. On m’a dit qu’on m’a donné le même antiviral que les travailleurs de la ferme de canards. Et je me suis rétabli rapidement. Ça soulève des questions», fait-il valoir.


Une autre citoyenne de Lac-Brome, qui a préféré que l’on taise son identité, est du même avis. «Si on se promène à Knowlton, on voit plusieurs dindes sauvages mortes près des ruisseaux. Et depuis un bout, on voit des gens qui font des tests d’eau près de là. Ça se fait [très tôt le matin], alors qu’il n’y a personne sur la rue. Ont-ils quelque chose à cacher? Y a-t-il un risque que l’eau soit contaminée?», se questionne-t-elle.


Absences


La dame s’interroge également à propos d’un nombre élevé de jeunes absents à l’école Knowlton Academy, que fréquente son fils.


Vérification faite, l’école primaire avait un peu plus d’élèves absents dans les jours suivant le congé de Pâques, soit une cinquantaine sur les quelques 250 élèves, mais ce nombre «n’est pas inquiétant» et n’a cessé de décroître depuis, indique Éric Campbell, secrétaire général à la commission scolaire Eastern Townships.


«Ça serait très hasardeux de faire un lien avec la grippe aviaire, ajoute-t-il. Les parents prennent des précautions nécessaires quand leurs enfants sont malades et c’est ben correct.»


Du côté de l’école primaire francophone Saint-Édouard, on souligne que les absences ont été très limitées.


Selon Dre Geneviève Petit, médecin spécialiste en santé publique au CIUSSS de l’Estrie, plusieurs types d’éclosions ont été répertoriées en Estrie: de COVID, de gastro-entérite et d’influenza saisonnière. Normalement, le plus grand nombre de cas de grippe survient surtout en hiver. Cette année, ce type d’infection survient donc de façon «décalée».


La représentante du CIUSSS confirme que la Santé publique «a été en lien» avec la Knowlton Academy. «Et il n’y a pas eu de situation préoccupante (...) La présence de symptômes respiratoires ou de gastro-entérite n’est pas exclusive à Lac-Brome. Ça circule dans plusieurs régions en Estrie.»


Le point


Le maire de Lac-Brome, Richard Burcombe, estime que les cas de grippe aviaire dans la région ne compromettent pas la santé de la population. «Des gens se font des scénarios et ça a pris comme le feu dans un champ de foin, image-t-il. C’est non fondé. Des gens pensent que la grippe aviaire va se propager partout. C’est ridicule.»


Dre Geneviève Petit a tenu à mettre les pendules à l’heure à ce sujet. «L’influenza aviaire, un peu comme on l’a vu avec la COVID, a plusieurs caractéristiques au niveau du profil qui font en sorte que le virus peut être plus contagieux, et plus transmissible à l’humain. Ce n’est pas le cas avec la forme qui circule actuellement chez les oiseaux [souche eurasienne]. Et ce n’est surtout pas transmissible [entre] humains.»


Selon la spécialiste, la contamination de l’eau par des oiseaux morts infectés par la grippe aviaire n’est pas un enjeu.


La Santé publique demeure toutefois sur le qui-vive. «Ce qui nous préoccupe plus, ce sont les gens qui sont dans des contextes à haut risque, mentionne la Dre Petit. Comme des gens qui travaillent dans l’industrie avicole, dans des milieux intérieurs.»


Parmi les symptômes, on note la fièvre jumelée à de la toux ou des difficultés respiratoires. En Estrie, les gens suspectés d’avoir contracté le H5N1 sont dirigés vers les urgences. Le cas échéant, des tests spécifiques doivent être effectués. Les échantillons prélevés seraient alors envoyés au laboratoire de santé publique du Québec pour être analysés.


En ce qui concerne les médicaments antiviraux, on les a initialement administrés à titre préventif aux gens en contact étroit avec des oiseaux infectés. «Maintenant, les recommandations se précisent un peu plus. On est davantage dans des traitements précoces si la maladie se confirme [chez l’humain] », précise la représentante du CIUSSS.


Un cas de grippe H5N1 chez l’humain aurait déjà été détecté en Angleterre, selon la Dre Petit. Un cas serait également sous investigation aux États-Unis, mentionne la spécialiste. Un cas d'influenza aviaire aurait aussi été répertorié en Chine chez un enfant, avec la souche H3N8, au cours des derniers jours, rapporte La Presse.


Mutation


Les risques de mutation du H5N1 pour qu’il devienne transmissible entre humains ne sont pas nuls. «La crainte, c’est qu’une personne ait à la fois l’influenza aviaire et l’influenza humaine. On sait que les virus de l’influenza sont très bons pour se recombiner. Il suffit qu’un virus de l’influenza aviaire se lie à un virus de l’influenza humaine et s’empare de son aptitude à se transmettre pour que la transmission entre humains puisse devenir réalité», explique la Dre Caroline Quach, spécialiste des maladies infectieuses.


«C’est une des craintes théoriques. C’est pour ça que le réseau de la santé intervient au niveau des gens à haut risque d’exposition», indique pour sa part la Dre Petit.


Et que faut-il pour qu’une souche d’influenza aviaire se recombine avec une souche d’influenza humaine? «Pour que les souches d’influenza humaines et aviaires se recombinent, il faut deux virus présents en même temps dans le même hôte… et un peu de malchance!, fait valoir la Dre Quach. Plus le nombre de contacts entre les deux virus est grand [plus d’individus co-infectés], plus le risque statistique de recombinaison augmente. D’où l’importance de se faire vacciner contre la grippe saisonnière, afin de ne pas permettre aux deux virus d’être présents en même temps dans le même individu.»


Avec la collaboration de Pascal Faucher


Par : Jean-François Guillet (03/05/2022)

Source : lenouvelliste.ca

Photo : tirée de l'article original

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