Des porcs en décomposition le long des routes dérangent en Beauce


Un homme de la Beauce dénonce la présence de carcasses de porcs en décomposition en bordure des routes, près des porcheries. Il demande aux producteurs de « faire preuve de civisme » et de cesser cette pratique jugée nocive pour l’environnement.


Marcel Vallée déplore que les animaux morts puissent rester jusqu’à une semaine, voire plus, dans les conteneurs le long des routes avant qu’un récupérateur de carcasses ne les ramasse. En été, leur présence se fait vite sentir dans les rangs, parfois près des résidences.


«C'est un manque de civisme. C'est un manque de respect envers la population», se désole-t-il.


Marcel Vallée dénonce le fait que des carcasses de porcs soient laissées en décomposition le long des routes, parfois près des résidences.


Radio-Canada a en effet pu facilement observer des conteneurs remplis de porcs en décomposition dans la région de Sainte-Marie, de Saint-Elzéar et de Saint-Séverin. Les bacs étaient parfois même renversés au sol ou sans couvercle pour les protéger des intempéries.


Même si le résident de Saint-Elzéar comprend que des bêtes peuvent décéder lors de l’élevage, il critique que celles-ci soient visibles des passants pendant de nombreux jours.


«Quand vous vous promenez sur l'autoroute et vous voyez un chevreuil ou un orignal qui a été fessé sur l'accotement, il n’est jamais là 24 heures. Il est ramassé tout de suite», mentionne Marcel Vallée.


Aucune plainte

Le maire de Saint-Elzéar se dit étonné que ce problème ait été partagé avec les médias plutôt que la Municipalité.


«Je suis dans mon premier mandat de maire, mais j'ai été quand même huit ans conseiller municipal. Cette problématique n'a jamais été apportée au conseil municipal», affirme Carl Marcoux.


Il assure que le conseil municipal est à la recherche de solutions, de concert avec les éleveurs et les spécialistes.


«On a un comité qui s'appelle le CRU, pour cohabitation rurale et urbaine. Il va assurément se pencher sur cette question-là dans les prochains mois», précise le maire.


Sensibiliser les éleveurs

Les Éleveurs de porcs du Québec ne s’en cachent pas. La production entraîne malheureusement un taux de mortalité qui peut varier de 2 à 4 %.


«Ce sont des taux de mortalité normale. Pourquoi met-on les bacs le plus loin possible des fermes? C'est en raison de la contamination des maladies. Les équarrisseurs vont se promener de ferme en ferme. Donc, on ne veut pas contaminer notre entreprise», explique le 2e vice-président de l’association, Louis-Philippe Roy.


L’éleveur de Saint-Michel-de-Bellechasse n’approuve pas pour autant les lacunes observées. Il assure que de nombreuses lettres ont été acheminées à des producteurs de partout en province à la suite de plaintes de citoyens.


«Je trouve que ce n’est pas valorisant pour notre secteur. Il faut le gérer de meilleure façon pour avoir une acceptabilité sociale des gens. Il y a beaucoup de gens qui passent dans nos rangs. Il y a beaucoup de vélos maintenant.»

Une citation de :Louis-Philippe Roy, 2e vice-président des Éleveurs de porcs du Québec


Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation encourage la revalorisation des carcasses. Celle-ci permet notamment de produire des huiles ou des graisses, des ingrédients pour nourriture d’animaux de compagnie ou autre protéine.


Le MAPAQ souligne toutefois que les animaux morts doivent être entreposés à l’extérieur des zones de production et dans des contenants fermés.


Réfrigération

Louis-Philippe Roy s’est pour sa part aménagé une remise réfrigérée pour entreposer son conteneur de carcasses.


«Ça va être refroidi à 1,5 degré Celsius. C'est beaucoup plus facile pour la gestion des odeurs», relate-t-il.


Même si elle n’est pas obligatoire, cette pratique est encouragée par le MAPAQ.


«Ça a couté quelques milliers de dollars, mais pour moi c'est une bonne pratique. Les citoyens autour de ma ferme ne voient pas le bac et n'ont pas l'odeur», témoigne M. Roy.


«C'est un bel investissement, même pour mes employés aussi. Ils n’ont pas besoin de transporter un bac où les carcasses sont en décomposition."

Une citation de :Louis-Philippe Roy, 2e vice-président des Éleveurs de porcs du Québec


Marcel Vallée trouve dommage que l’ensemble des éleveurs n’ait pas encore opté pour des remises ou des conteneurs réfrigérés.


«Un cochon mort qu'on garde froid, il n'y a pas de danger. Mais un cochon mort qui est gardé au soleil une semaine de temps, ça devient une charogne», conclut-il.


La Financière agricole du Québec offre d'ailleurs différentes options de financement pouvant soutenir la mise en place d’équipement tels que des réservoirs réfrigérés ou des installations de compostage.


Avec la collaboration de Colin Côté-Paulette


Par Marc-Antoine Lavoie (20/07/2021)


Photo : Marcel Vallée (tirée de l'article original)