Encore loin du risque « zéro » de propagation


La souche H5N1 de la grippe aviaire n’a pas été détectée dans les troupeaux de la province entre le 4 mai et la fin du mois suivant, laissant croire à une possible accalmie, jusqu’à ce qu’un site d’élevage commercial de dindon dans la région de Québec soit confirmé positif le 29 juin par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).


Cette situation démontre que le risque « zéro » de propagation de la maladie ne sera probablement pas atteint « avant un bon bout de temps », estime Martin Pelletier, coordonnateur de l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA).


En effet, explique-t-il, cette souche hautement pathogène, qui n’avait jamais été détectée avant au Québec, sauf à petite échelle chez certains types d’oiseaux migrateurs, a cette fois été identifiée chez plusieurs autres types d’oiseaux, comme les oiseaux de proie, les corbeaux et les goélands marins. Cela laisse croire que la maladie circulera plus longtemps sur le territoire, « puisque ces oiseaux restent autour des fermes pendant l’hiver, plutôt que de migrer vers le Sud comme les autres », souligne le spécialiste.


L’application des mesures de biosécurité de base, comme le changement de bottes avant d’entrer dans les bâtiments d’élevage, est donc toujours fortement recommandée, même dans les élevages qui ne sont pas situés dans les zones de contrôle primaire, soit à proximité d’un site infecté.


Efficacité du protocole en place


Quant à savoir si le Québec s’en est mieux sorti que d’autres provinces canadiennes comme l’Alberta ou l’Ontario, où les sites infectés ont été nombreux depuis le début de l’épidémie, M. Pelletier estime que les causes sont multifactorielles et qu’il est difficile de faire ce genre de constat. Néanmoins, le protocole mis en place par l’EQCMA pour assurer une bonne communication entre les différents acteurs de la filière s’est jusqu’ici avéré efficace. « Aujourd’hui, on est mieux équipés qu’il y a deux mois. Les communications avec l’ACIA nous ont permis de mettre en place de nouvelles stratégies, par exemple pour la gestion des ­permis dans les zones où le contrôle est rehaussé. La mise en place à petite échelle de ces zones ce printemps a donc été un apprentissage collectif qui nous permet d’être mieux préparés », constate M. Pelletier.


Plus d’éleveurs de dindons adhèrent à ­Agri-Stabilité


La crise de la grippe aviaire a provoqué une plus grande adhésion des producteurs de dindons au programme fédéral-provincial Agri-stabilité, qui offre une protection contre les baisses importantes de revenu agricole attribuables notamment aux pertes de production. Ainsi, environ 90 % du total de la viande de dindon produite par les éleveurs sous gestion de l’offre est maintenant assurée par ce programme. Une proportion qui surprend les Éleveurs de volailles du Québec, qui précisent qu’en comparaison, 55 % de la production de poulet (sur l’ensemble de kilogrammes produits) est couverte par Agri-stabilité, alors que cette proportion est de 50 % pour la production d’œufs de consommation. L’organisation explique le phénomène par la période d’élevage plus longue dans le dindon (par rapport au poulet), ce qui augmente les risques si une éclosion de grippe aviaire affecte un troupeau.


Par : Patricia Blackburn (17/07/2022)

Source : laterre.ca

Photo : Archives | TCN (tirée du présent article)