Ferme Audesse : l'élevage porcin version 2.0.2.2


Équipée d’une meunerie moderne, d’un système de distribution automatisée et de caméras permettant à Jean-Pierre Audesse d’avoir son entreprise à l’œil en tout temps, la Ferme porcine Audesse, située à Sainte-Marguerite (Beauce), symbolise l’ère informatique de l’élevage. Le propriétaire résume en une phrase pourquoi il estime ces équipements incontournables : « Nous sommes en 2022. »


Au cours des dernières années, l’entreprise porcine dirigée par Jean-Pierre Audesse a subi de nombreux changements. D’abord une maternité de 300 truies finissant annuellement entre 6500 et 7000 porcs, elle s’est progressivement convertie en ferme d’engraissement de plus de 10 000 porcs vendus selon le cahier des charges du porc Coop. « Nous avons rénové peu à peu les bâtiments pour en arriver à devenir un finisseur seulement », dit Jean-Pierre Audesse. Conscient de l’importante population porcine dans sa région, ce jeune entrepreneur de 36 ans a décidé d’innover. « Je suis allé voir mon voisin Mathieu Bisson pour voir s’il était désireux d’embarquer avec moi dans un projet, celui de transformer nos maternités en engraissements et de les exploiter ensemble, explique-t-il. Nous sommes devenus partenaires. Nous sommes par la suite entrés en communication avec Les Consultants Denis Champagne pour élaborer ce projet. »


Les deux entreprises offrent plus de 21 000 porcs aux abattoirs du Québec, principalement à celui d’Olymel de Vallée-Jonction. Cette association comporte de nombreux avantages. « Tout d’abord, nous évitons ainsi d’être des sources de contamination sanitaire pour la région, dit Jean-Pierre. Comme les bâtiments ne sont séparés que par un kilomètre, nous avions des risques de contamination. En prenant nos porcelets auprès du même fournisseur, nous éliminons ce risque. En plus, nous pouvons nous offrir un employé, que nous partageons. C’est plus économique et encore une fois plus sécuritaire. »


Ces éleveurs beaucerons utilisent ainsi leurs forces respectives pour maximiser leur alliance. Jean-Pierre achète lui-même les intrants qui entrent dans la fabrication de sa moulée. « Je n’oserais pas me qualifier d’expert, mais j’ai de bonnes aptitudes dans l’achat des grains. Je fabrique plus de 4000 tonnes de moulée par année, et comme l’alimentation des porcs compte pour 70 % de son coût, décrocher les meilleurs prix possible est indispensable. Je suis un gestionnaire, je dois trouver les sources de grains et de compléments les moins chères. » Les principaux grains utilisés sont le maïs et le soya. L’année 2021 aura vu un retour dans les rations de petits grains comme l’orge et le seigle, sans que les performances du troupeau soient affectées. « Tout a bien été, nous y sommes allés progressivement, dit Jean-Pierre. Comme tout est basé sur l’énergie et la protéine, les porcs n’ont rien perdu. »


La réussite du partenariat réside dans l’excellence des performances du troupeau, qui consomme deux moulées de départ cubées (Prima et Accel) et six phases de moulée en farine pour la fin pouponnière et l’engraissement. « Nous devons suivre le programme alimentaire pratiquement à la lettre, assure le producteur. Un porc qui n’est pas dans la bonne phase peut consommer une moulée qui est de 20 à 30 $ plus chère la tonne que ce qu’il devrait consommer. » Évidemment, si un porc grossit plus rapidement que prévu, il changera de phase. C’est pourquoi Jean-Pierre procède fréquemment à la pesée des animaux. Pour y arriver, il peut miser sur l’aide de l’expert-conseil Martin Harton, d’Avantis Coopérative.


Une pratique unique


De 15 à 135 kg de poids vif, les porcs de la Ferme Audesse reçoivent une moulée en farine plutôt que cubée, un concept spécifique à cette exploitation. « Je ne suis pas équipé pour cuber, ce ne serait pas rentable, note Jean-Pierre. Nous fonctionnons avec de la moulée en farine, et pour maximiser la conversion alimentaire, je vise une granulométrie de 450 et 550 microns. Avec une telle granulométrie, le porc consommera moins de kilos d’aliment. » Afin d’atteindre son objectif, l’éleveur porcin effectue un contrôle régulier et ajuste les marteaux de sa moulange au besoin. L’entretien occupe une grande partie du temps consacré à l’entreprise, avec les tournées des bâtiments et la gestion des intrants. « L’éleveur doit pratiquer un contrôle qualité de sa fabrication, comme le font les meuneries d’Avantis Coopérative, dit Martin Harton. De plus, la gestion des lots est très importante. Des performances techniques de haut niveau demandent une gestion de haut niveau. »


Exploiter une entreprise produisant annuellement plus de 10 000 porcs avec une personne à temps plein et un employé à temps partiel exige non seulement une planification rigoureuse, mais également un équipement de pointe. Jean-Pierre a équipé ses sept bâtiments de tout un arsenal pour obtenir les meilleures performances. La meunerie, la pouponnière et les parcs d’engraissement sont reliés par un système de tuyaux de soufflerie alimentant les bâtisses en moulée. Les silos sont équipés de balances qui indiquent le tonnage en temps réel. La ventilation est assurée par le système Maximus, et des compteurs d’eau informent Jean-Pierre des quantités consommées ainsi que de tout problème potentiel. En plus, un système de caméras offre des images des porcs et des opérations. Le tout est géré par ordinateur, et les informations sont reliées au téléphone intelligent du patron. « Je peux ainsi être alerté dès qu’un problème survient, souligne-t-il. Je suis également bien au fait des performances du troupeau. Eh oui, nous sommes en 2022! Il nous faut ces outils pour être le plus efficaces. »


Un projet en développement à Sainte-Ursule


L’association de Jean-Pierre Audesse et Mathieu Bisson a ouvert la voie à un autre projet, que les entrepreneurs porcins réalisent avec Martin Auger. « Notre projet comprend deux phases, indique Jean-Pierre. La première était de transformer nos fermes en finisseurs seulement. Par la suite, nous voulions acheter une maternité de 700 truies. Martin nous a été présenté, et avec lui nous avons procédé à l’acquisition d’une maternité de 1200 truies auprès de Novago Coopérative, à Sainte-Ursule. Nous sommes en train de la rénover, et elle sera elle aussi dotée d’équipements ultramodernes. »


L’éleveur poursuit : « Pour le moment, nous ne sommes pas capables de recevoir les porcelets des 1200 truies. Nous allons donc les vendre au groupe RP2R [Regroupement Porcin des Deux Rives]. Nous continuons à acheter les porcelets d’Avantis pour les réseaux existants. Dans un avenir pas si lointain, nous espérons acquérir d’autres bâtiments en Beauce pour accueillir tous les porcelets. J’embarque dans ce projet très optimiste. »


Par : Stéphane Payette (03/05/2022)

Source : cooperateur.coop

Photo : tirée de l'article original