Grippe aviaire : des questions sur l’avenir des élevages


La grippe aviaire, qui touche des élevages du Québec pour la première fois, pourrait mener à une remise en question de certaines pratiques agricoles afin d’éviter la propagation.


C’est extrêmement contagieux, soutient le Dr Carl Gagnon, qui est directeur au Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole.


D'autant plus qu'il n'est pas impossible qu'un jour, le virus puisse être contracté par l'être humain.


Son code génétique va changer, mais ça pourrait aussi favoriser le transfert à d’autres espèces animales de façon plus facile, dont l’humain. Malheureusement, ça demeure une possibilité, mais on ne peut pas prédire l’avenir, indique le Dr Gagnon.


Alors que les oiseaux migrateurs sont montrés du doigt comme d'importants agents de contamination, faudra-t-il empêcher à la volaille de sortir à l'extérieur? Sans prendre position, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) en Estrie Michel Brien croit qu’il est légitime de se poser la question.


« Étant donné que souvent, les maladies viennent des oiseaux migrateurs, c’est un risque, quand même, tout le côté [de l'élevage] à l’extérieur. »

— Une citation de Michel Brien, président de l’UPA en Estrie


Un projet pilote d’abattage à la ferme remis en question


En raison du virus, un projet pilote d'abattage à la ferme pour les petits producteurs est par ailleurs remis en question par l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Il juge que l'État n'a pas les ressources pour assurer une surveillance adéquate des lieux.


L’inquiétude provient du fait qu’en fait, comment pourrons-nous être capables de nous assurer de la salubrité alimentaire lorsqu’on est en pénurie de personnel?, remarque le Dr Gagnon.


Le projet était cependant très attendu par plusieurs artisans fermiers, qui veulent se distancier d’une agriculture de type industrielle.


Nous, on n’est pas des réservoirs infectieux, loin de là. On n’a pas des pratiques moins salubres que l’industrie, au contraire. Le petit volume qu’on a nous permet justement de voir à l’ensemble des étapes, assez facilement, l’état de santé de notre cheptel, s’exclame l’artisan fermier et auteur Dominic Lamontagne.


Le Dr Carl Gagnon rappelle d'ailleurs que les élevages de grande taille peuvent être considérés comme plus vulnérables aux maladies.


La densité de population est un facteur de risque pour la transmission pathogène, remarque-t-il.


Michel Brien croit quant à lui que grippe aviaire ou pas, il ne faut pas tarder à trouver une solution au manque d'abattoirs dans la région.


On a réellement besoin d’un abattoir pour accommoder les petits producteurs, souligne-t-il.


Tous s’entendent toutefois sur le fait qu’une réflexion est nécessaire pour limiter davantage les risques de propagation à l’avenir.


Des citoyens demandent une réflexion sur le cas des Canards du Lac Brome

Le gouvernement fédéral indique être en train d’analyser la situation de Canards du Lac Brome afin de déterminer l’aide qui sera accordée à l’entreprise durement touchée par la grippe aviaire.


Un groupe de citoyens dit cependant voir d’un mauvais œil que le gouvernement provincial a rapidement annoncé avoir l’intention de prêter main-forte à l’entreprise.


Le soutien de l’État à la protection des travailleurs et des travailleuses, oui, je pense qu’il faut faire attention à elles et eux. Par contre, si on veut faire un parallèle avec l’entreprise Bombardier, qui a reçu moult subventions publiques, et quand ils demandent des subventions, tout le monde a une perspective critique, remarque Pierre Avignon, membre du comité de citoyens Vers un Val Vert, qui vise à rassembler les citoyennes et citoyens du Val-Saint-François et d'ailleurs préoccupés par les enjeux environnementaux tout en étant sensibles à la réalité agricole de la région, selon son site web.


L’entreprise en question [Canards du Lac-Brome] est aussi une entreprise privée qui fait du gros commerce, ce n’est pas quelque chose qui est dans le mode de la ruralité. Je pense qu’on doit se poser le même genre de questions. Ce n’est pas de dire oui ou non, mais c’est de se poser des questions et de ne pas juste signer un chèque en blanc, ajoute M. Avignon.


Contacté par Radio-Canada, Canards du Lac Brome n’a pas souhaité accorder d’entrevue mercredi.


Avec les informations de Thomas Deshaies


Source : ici.radio-canada.ca | ICI Estrie (27/04/2022)

Photo : David Mdzinarishvili | Reuters (tirée de l'article de ici.radio-canada.ca)