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Influenza aviaire : H5N1 approche à grand pas


DEPUIS QUELQUES SEMAINES, LE VIRUS DE L’INFLUENZA AVIAIRE SEMBLE SE RÉPANDRE COMME UNE TRAÎNÉE DE POUDRE, NOTAMMENT AUX ÉTATS-UNIS. « LE USDA A RAPPORTÉ 91 DÉTECTIONS DE LA SOUCHE HAUTEMENT PATHOGÈNE D’INFLUENZA AVIAIRE H5N1 CHEZ DES OISEAUX SAUVAGES DEPUIS LE MILIEU DE JANVIER », INDIQUE L’AGRONOME MARTIN PELLETIER, COORDONNATEUR DE L’ÉQUIPE QUÉBÉCOISE DE CONTRÔLE DES MALADIES AVICOLES (EQCMA).


« Ces oiseaux ont été détectés le long de la voie de migration de l'Atlantique sur la côte est, soit en Caroline du Nord, en Caroline du Sud, en Virginie et en Floride, alerte l’organisme ontarien Feather Board Command Center (FBCC). Plus récemment, un oiseau sauvage dans le Maryland a également été testé positif. »


Le mardi 8 février, un troupeau commercial de dindes du comté de Dubois, dans le sud-ouest de l'Indiana, a été confirmé positif à l'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) H5N1, note également le FBCC. Il s'agit du premier cas confirmé d'IAHP chez des volailles commerciales aux États-Unis depuis 2020. L'influenza aviaire à haut risque a été identifiée pour la dernière fois dans des troupeaux commerciaux de l'Indiana en 2016.


De nouveaux cas ont également été déclarés aux États-Unis le 12 février. L’USDA a confirmé la présence du virus de l’IAHP chez des oiseaux dans deux états : dans un troupeau commercial de poulets de chair dans le comté de Fulton, au Kentucky, et dans une basse-cour d’oiseaux de différentes espèces du comté de Fauquier, en Virginie.


« Nous avons recensé, le 4 février, un premier cas en Nouvelle-Écosse dans un troupeau commercial de dindons, ajoute Jean-Yves Lavoie, agronome et directeur de la commercialisation, secteur monogastrique, chez Sollio Agriculture. Ça se rapproche dangereusement de nous et il y a lieu de s’inquiéter, car cette souche hautement pathogène peut se répandre partout au Canada et causer beaucoup de dommages dans nos élevages. »


En effet, le 11 février, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a confirmé la présence de l'influenza aviaire hautement pathogène du sous-type H5N1 dans une exploitation agricole mixte de l'ouest de la Nouvelle-Écosse, qui produit de la volaille et d'autres produits pour vente locale. Certains pays ont déjà appliqué des mesures temporaires de restriction à l'importation.


« Au Canada, en plus de la Nouvelle-Écosse, on a identifié des cas à Terre-Neuve-et-Labrador, chez des oiseaux sauvages et un petit élevage non commercial, précise Martin Pelletier. À date, il s’agit de la même souche dans les provinces maritimes et aux États-Unis. » Notons que cette souche est également présente en Europe depuis quelques mois. On soupçonne, précise le coordonnateur de l’EQCMA, que des oiseaux migrateurs européens porteurs du virus auraient dérivé de leur parcours migratoire habituel et pourraient être à l’origine de sa présence sur le continent nord-américain.


« La menace est réelle, ajoute Martin Pelletier. Il y a des oiseaux de la Nouvelle-Écosse qui viennent se faire abattre au Québec. Il y en a qui vont se faire abattre au Nouveau-Brunswick. Il y a aussi des oiseaux du Québec qui vont se faire abattre au Nouveau-Brunswick. Il suffirait que des oiseaux en incubation de la maladie soient déplacés pour entraîner une contamination croisée. Ça pourrait donc se retrouver au Québec. Et ce pourrait aussi être des oiseaux sauvages qui en soient le vecteur, particulièrement en sachant que les migrations vont bientôt recommencer. C’est clair que si ça tombe dans une zone de haute concentration de volaille, et puisque c’est du hautement pathogène, ça peut se propager très rapidement. De plus, à courte distance, ça peut se transmettre par l’air. »


QUE FAIRE?


« On tape toujours sur le même clou, c’est-à-dire renforcer et respecter de rigoureuses mesures de biosécurité dans les fermes avicoles, recommande Martin Pelletier. Changements de bottes et de vêtements avant d’entrer dans les bâtiments. Lavage fréquent des véhicules. Contrôle sévère des visiteurs. Protocole de gestion des déplacements des employés dans les bâtiments et les fermes. C’est à nos portes. Il faut prendre la situation très au sérieux. Pour le moment, il n’y a pas d’indication que cette souche représente un risque significatif pour la santé humaine, mais si un troupeau est atteint, c’est final. Si la maladie ne tue pas les oiseaux, c’est l’ACIA qui va en ordonner la destruction. Une exploitation infectée peut potentiellement perdre énormément : elle doit procéder au dépeuplement complet et tout désinfecter de fond en comble. Ce n’est pas un lavage normal; c’est une job de brosse à dents, quasiment une remise à neuf. C’est long, fastidieux et coûteux. »


« La situation rappelle clairement que la grippe aviaire se propage partout dans le monde chez les oiseaux sauvages qui migrent à destination et en provenance du Canada, et que quiconque a des volailles devrait adopter de bonnes pratiques de biosécurité pour les protéger contre les maladies animales », souligne l’ACIA.


Par : Patrick Dupuis (15/02/2022)

Source : cooperateur.coop

Photo : Étienne Gosselin (tirée de l'article original)

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