L’industrie alimentaire veut pondre son propre guide de bonnes conduites


Un regroupement veut l’autorégulation pour limiter les interventions des gouvernements

L’Alliance collaborative de l’industrie alimentaire canadienne regroupe notamment l’Association des détaillants en alimentation du Québec, le Conseil canadien du commerce de détail, l’Association québécoise de la distribution de fruits et légumes, le Conseil de la transformation alimentaire du Québec et la Fédération canadienne des épiciers indépendants.


Des poids lourds dans l’industrie alimentaire ne veulent pas se faire dicter des codes de conduite encadrant l’approvisionnement des supermarchés pondu par des gouvernements. Ils proposent de mettre sur pied un guide uniforme pancanadien qui assurera «la sécurité contractuelle et l’équité», a appris Le Journal.


«Les principaux intéressés sont les mieux placés pour s’autoréguler», est d’avis Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales au Québec pour le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD).


«On propose une approche concertée. Il faut amener toutes les parties autour de la table, sinon c’est certain que l’éventuel code ne répondra pas à tous les besoins», avance pour sa part Pierre-Alexandre Blouin, PDG de l’Association des détaillants en alimentation du Québec.


Ces deux organisations font partie de l’Alliance collaborative de l’industrie alimentaire canadienne. À la mi-mai, ce regroupement a transmis à Québec et à Ottawa un document faisant état de sa vision pour la mise sur pied d’un code de conduite réglementant les relations entre les détaillants et les fournisseurs.


Rappelons qu’à l’automne, un comité pancanadien a été formé avec comme coprésident le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne, pour se pencher sur les relations commerciales dans le système alimentaire canadien.


Ce groupe de travail a été mis sur pied quelques mois après que La Presse eut révélé que le géant Walmart voulait refiler une partie de la facture de ses investissements à venir au Canada à ses fournisseurs en leur imposant de nouveaux «frais de développement des infrastructures» de 1,25 % et de «développement du commerce électronique» de 5 %.


Quelques jours plus tard, la centrale d’achats United Grocers Inc., qui représente 34 % du marché alimentaire au pays, avait envoyé une lettre à ses fournisseurs leur demandant d’avoir accès aux mêmes avantages.


Ces demandes avaient créé la grogne dans le milieu. L’Union des producteurs agricoles avait alors demandé au Bureau de la concurrence du Canada d’ouvrir une enquête sur le geste de Walmart.


Vers décembre 2022


Après avoir consulté les intervenants dans l’industrie, l’Alliance aimerait pouvoir livrer son code de conduite vers décembre 2022. «La majorité» des compagnies, selon le CCCD, serait en faveur d’une démarche commune.


«On veut s’assurer que l’ensemble des gens concernés par la chaîne d’approvisionnement puisse avoir accès aux éléments», note M. Belleau, qui propose un guide avec «une certaine souplesse» qui pourra s’adapter rapidement aux aléas, comme des grèves, des accords internationaux ou les impacts de la météo. «Un règlement qui doit être changé par un Conseil des ministres n’assure pas cette souplesse», poursuit-il.


En 2020, le géant Empire Company, qui détient l’enseigne Sobeys (IGA), avait dénoncé la pratique commerciale de certains de ses rivaux avec leurs fournisseurs. Depuis, la société a accouché de son propre code de conduite.


Selon l’Alliance, le cadre de surveillance doit être bâti par des entreprises d’ici et il ne doit qu’avoir un code de conduite pancanadien.


«Il faut savoir que le fédéral ne peut pas imposer un code, c’est de juridiction provinciale. [...] Ce qu’on ne veut pas, c’est qu’il y ait des codes différents dans chaque province. Cela serait impossible à gérer et difficile à suivre», prévient Sylvie Cloutier, PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec.


Pour parvenir à pondre son code, l’Alliance propose de mettre sur pied un comité directeur de l’industrie qui réunirait des représentants à travers l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Ce comité devrait être appuyé par des ministres et soutenu financièrement par les gouvernements lors des consultations.


L’ALLIANCE COLLABORATIVE DE L’INDUSTRIE ALIMENTAIRE CANADIENNE PRÔNE UN GUIDE DE CONDUITE QUI :


-Garantit la transparence et la sécurité contractuelle lors des transactions

-Assure la réciprocité des meilleures pratiques

-Assure une distribution équitable

-Fait la promotion des relations éthiques et équitables lors des négociations

-Offre du support aux PME

-Propose un processus de résolution des litiges


Par Jean Michel Genois (27/05/2021)


Source : journaldemontreal.com


Photo : Facebook (Capture d'écran tirée de l'article original)