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La guerre des croustilles : la pointe de l’iceberg


« La décision de PespiCo Canada de cesser de vendre à Loblaws au cours des dernières semaines révèle un problème beaucoup plus important au sein de l’industrie alimentaire et les consommateurs pourraient finir par en payer le prix. » Dr. Sylvain Charlebois/Professeur Titulaire, Directeur Principal, LABORATOIRE DE SCIENCES ANALYTIQUES EN AGROALIMENTAIRE


Nous avons récemment appris des textes de Marie-Ève Fournier et Nathaëlle Morissette de La Presse que Frito-Lay, une marque appartenant au géant PepsiCo Canada, avait choisi de cesser de vendre à Loblaws après le refus du détaillant de se conformer aux demandes de Frito-Lay d’augmenter ses prix. Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit, mais cette fois-ci, l’envergure du geste et le nombre de produits affectés frappent l’imaginaire.


L’inflation a violemment perturbé les fabricants qui doivent augmenter les prix. Ils n’ont tout simplement pas le choix. Mais cette stratégie d’arrêt de vente de PepsiCo dévoile le ras-le-bol des transformateurs de produits alimentaires au Canada en ce qui concerne les distributeurs qui modifient les règles à leur avantage.


Contrairement à d’autres industries, les fournisseurs alimentaires doivent payer leurs clients pour faire des affaires. Bizarre, mais ce modus operandi existe depuis toujours. Un environnement si étrange pour le néophyte ! Mais ces dernières années, les épiciers ont arbitrairement facturé plus de frais et, dans certains cas, réduit les prix suggérés sans consentement, un cauchemar pour les fabricants qui demandent une certaine discipline du marché pour protéger la valeur de leurs marques.


La dernière chose qu’un fabricant souhaite est une guerre de prix qui tue souvent un marché. Si les choses devenaient gratuites, nous ne créerions pas beaucoup d’économie ou d’emplois pour soutenir les Canadiens. Ainsi, la paix et l’ordre au sein de la chaîne d’approvisionnement s’avèrent essentiels à l’ensemble de notre philosophie alimentaire. Les produits Frito-Lay sont fabriqués au Canada à partir de pommes de terre canadiennes cultivées par nos agriculteurs canadiens. L’équilibre entre les maillons de la chaîne d’approvisionnement reste incroyablement fragile et doit se maintenir.


On s’attendait depuis longtemps à cette rupture entre PepsiCo Canada et Loblaws et ce n’était qu’une question de temps avant que la nouvelle ne soit publiée. Et ne vous y trompez pas, de nombreux autres fabricants et autres épiciers s’adonnent à une certaine chicane semblable. Dans le lait, boulangerie, plusieurs entreprises québécoises et canadiennes sont affectées par ce qui se passe.


Les Canadiens pourraient être intrigués par la nouvelle. Pourquoi blâmerait-on Loblaws de vouloir maintenir des prix plus bas pour les consommateurs ? Eh bien, la réponse n’est pas simple. Pour les épiciers, la partie se joue facilement, car ils ont tout le pouvoir du monde. Près de 90 % de tous les aliments que les Canadiens achètent sont vendus par seulement cinq grandes chaînes. Les épiciers veulent rester concurrentiels et défendront leurs marges de profit du mieux qu’ils pourront devant leurs rivaux sur le marché. Si Loblaws obtient un prix inférieur, cela ne signifie pas que les Canadiens en profitent pour autant.


Mais ne vous attendez pas à des étagères vides dans le rayon des croustilles, ou dans d’autres rayons de l’épicerie de sitôt. Nous en verrons peut-être quelques-unes, temporairement, mais cela ne durera pas. Les épiciers trouveront un moyen de remplir les étagères avec d’autres marques, probablement par leurs propres marques maison. Avec les conditions actuelles du marché et le fait que le taux d’inflation des aliments se situe au-dessus de la barre des 6 %, les consommateurs vont rechercher des bas prix et opter davantage pour des marques maison. Les épiciers le savent, alors le moment est peut-être venu pour eux. Il ne faut pas oublier qu’ils détiennent le pouvoir et possèdent de nombreuses armes à leur disposition.


Depuis le début de la pandémie en 2020, de nombreux fabricants de produits alimentaires, dont PepsiCo Canada, ont pensé à vendre des aliments directement aux consommateurs. La pandémie a rendu la chaîne d’approvisionnement plus ouverte et intrinsèquement plus virtuelle. En matière de marchandisage en magasin, PepsiCo Canada est l’une des meilleures entreprises sur le marché. Elle maîtrise les « mille intermédiaires » pour soutenir l’emplacement de produits en magasin pour les épiciers. L’entreprise démontre une incroyable efficacité. Elle pourrait étendre son parc déjà imposant de camions pour relier ses usines aux consommateurs. Mais la transition des activités d’entreprise à entreprises vers des activités d’entreprise aux clients n’est jamais facile. De nombreuses entreprises ont lamentablement échoué pendant la pandémie en tentant de faire pivoter leurs activités. Mais les problèmes avec les distributeurs pourraient en inciter certaines à aller de l’avant.


Pendant des années, lors des jeux de la chaîne d’approvisionnement, les fabricants de produits alimentaires ont toujours dû fermer les yeux en premier. La décision de PepsiCo indique que le secteur en a assez et cherche désespérément à mettre fin à « l’intimidation » qui sévit au sein de la chaîne d’approvisionnement. Et par conséquent, l’industrie a désespérément besoin d’un code de pratique, afin que les entreprises puissent s’adresser à un arbitre pour éviter davantage de perturbations du marché. Cette situation affectant la rangée des croustilles de l’épicerie constitue une preuve concrète de la façon dont les guerres au sein de la chaîne d’approvisionnement peuvent avoir une incidence directe sur les consommateurs. Nous avons besoin d’une paix, d’un code autoritaire pour instaurer une plus grande discipline.


Certains peuvent penser qu’ils peuvent simplement vivre sans les produits PepsiCo, ou d’autres produits d’ailleurs. Peut-être, mais rappelez-vous : qu’avec moins de fournisseurs, les prix au détail seront forcément plus élevés, pour n’importe quel produit.


Source : actualitealimentaire.com (25/02/2022)

Photo : tirée de l'article original


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