La pénurie de main-d’œuvre est plus difficile que jamais


Le secteur de l’emploi vit l’effet post-covid. Après deux ans à éviter de changer d’emplois, les travailleurs sont maintenant à la recherche d’opportunités.


« Il n’y avait plus de volatilité de main-d’œuvre en raison de la pandémie, mais ça bouge en ce moment. Il y a de la volatilité plus que jamais », dit Martin Méthot, propriétaire de Momentum Agricole, une entreprise offrant des services en ressources humaines pour le secteur agricole.


Il explique que ce n’est plus une question d’être un bon employeur ou non. La balle est maintenant du côté des employés et ceux-ci magasinent les opportunités.


« Les gens se font offrir des salaires de fou », ajoute-t-il. Martin Méthot explique toutefois que l’attrait du salaire n’est pas suffisant. Les employés doivent offrir un horaire intéressant, un travail agréable, un bon climat de travail, des avantages sociaux, des primes au rendement et démontrer de la reconnaissance. « Même si toutes ces conditions sont là, ça se peut que l’employé parte ailleurs quand même », ajoute-t-il.


Lui-même employeur, Martin Méthot vit la volatilité de la main-d’œuvre dans son équipe de travail. Deux employés viennent d’annoncer leur départ.


« Le rôle de l’employeur dans les prochaines années, ça va être essoufflant. Le balancier est trop du côté des employés. Les employeurs n’ont plus de place pour négocier. Quand l’employé annonce qu’il quitte, il l’informe du délai et n’essaie même pas de négocier avec l’employeur », dit-il.


Situation « cauchemardesque »


Agricarrières est les oreilles des centres d’emplois agricoles dans les différentes régions de la province. La directrice générale d’Agricarrières, Geneviève Lemonde, dit que ce qu’ils reçoivent comme information est que la situation est « cauchemardesque ». « Il y a très très peu de CV qui arrivent », dit-elle. Elle explique que la pandémie avec son intérêt pour l’agroalimentaire et le ralentissement de nombreux secteurs de l’économie a un peu caché la problématique. Maintenant que l’économie a repris et que les travailleurs sont retournés dans leurs secteurs respectifs, la pénurie se fait sentir.


Le secteur agricole offre des conditions de travail qui ne sont pas nécessairement attrayants pour les Québécois. Le travail est physique. Il y a de longues heures et le travail de fin de semaine. Les salaires peinent à rivaliser avec certains secteurs.


À la suite de son assemblée générale tenue il y a deux semaines, Agricarrières a lancé une campagne de recrutement de la main-d’œuvre saisonnière intitulée « Tu fais quoi cet été? » Le but est de redonner ses lettres de noblesse au travail en agriculture.


Geneviève Lemonde souligne que le secteur agricole a des éléments avantageux à faire reconnaître comme l’intérêt pour le vivant, les nouvelles technologies très présentes en agriculture et méconnues, et l’attrait de nourrir le monde. À l’automne, le deuxième volet de la campagne ciblera les emplois plus annuels, comme ceux en productions animales.


Selon Geneviève Lemonde, les travailleurs qui veulent fidéliser leurs employés doivent travailler sur le climat de travail. « C’est vraiment l’environnement de travail qui fait la différence », dit-elle. Un employé qui a vécu une bonne expérience va en parler en bien dans son entourage.


Pour les étudiants, Geneviève Lemonde pense qu’il faut mettre les parents dans le coup pour s’assurer que les jeunes reviennent même s’ils ont trouvé la journée difficile.


Les employés ont le gros bout du bâton en ce moment. Le secteur agricole n’est pas le seul à vivre la pénurie d’employés. «C’est démographique», explique Geneviève Lemonde. Il manque de personnel pour les emplois à combler.


Il faut offrir des bonnes conditions


Frédérick Beaupré gère les porcheries des coopératives membres du RP2R (Regroupement porcin des deux rives). Il explique que les travailleurs étrangers temporaires composent 70% de la main-d’œuvre. Chaque fois qu’il affiche un poste pour un emploi sur une ferme, il ne reçoit pas de curriculum vitae.


« On reçoit zéro CV Pourtant, on offre des bonnes conditions de travail. On a un fonds de pension, l’assurance collective, des rabais dans certaines entreprises, des salaires équivalents à ce qui s’offrent ailleurs », dit-il.


En vertu de l’embauche de travailleurs étrangers temporaires, ils doivent afficher le poste pour le combler par des employés québécois, mais c’est compliqué. Ils ne veulent pas travailler la fin de semaine. Ils veulent travailler quatre jours par semaine.


À ses débuts, il y a 20 ans, Frédérick Beaupré avait de la facilité à recruter. Avant la covid, ça allait assez bien. Puis, est venu le programme PCU avec la covid. Aujourd’hui, les salaires offerts à certains employeurs sont nettement supérieurs à ce qu’ils peuvent offrir. Un simple employé de ferme peut gagner entre 18 et 22$, mais se fait offrir du 25 à 28$ ailleurs. C’est pratiquement le salaire des gérants de ferme.


De l’autre côté, les travailleurs étrangers sont reconnaissants. Ils veulent toujours travailler plus d’heures et c’est toujours oui. C’est l’employeur qui impose des limites pour ne pas les épuiser.


La difficulté avec les travailleurs étrangers, c’est le vol d’employés. Frédérick Beaupré comprend les producteurs qui font ça même s’il n’approuve pas. L’employeur perd un employé. Il doit se débrouiller pour trouver quelqu’un rapidement, mais comme il faut sept ou huit mois pour compléter une demande pour faire venir un travailleur, il se tourne vers un travailleur qui est déjà au Québec.


« Nous, on ne peut pas faire ça. On est une coopérative. Ça se saurait et ça nous ferait une mauvaise réputation », dit Frédérick Beaupré. C’est pourquoi ils misent sur les bonnes conditions de travail.


Par : Marie-Josée Parent (31/05/2022)

Source : lebulletin.com (Le Bulletin des agriculteurs)

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