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La production porcine à la croisée des chemins


La filière porcine n'en est pas à ses premiers défis, mais la pénurie de main-d'oeuvre, combinée à d'autres facteurs comme la baisse des exportations vers la Chine, force l'industrie à revoir ses stratégies pour mieux tirer profit du contexte post-pandémie.


L'éleveur porcin Pierre Massie, qui possède des sites de production en Montérégie et en Estrie, est préoccupé par l'avenir de son entreprise. « On voyait la lumière au bout du tunnel. On espère que ce ne sera pas le train qui nous rentrera dedans! » a-t-il confié devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, le 2 décembre. L'audience a été tenue en urgence à la suite du dépôt d'un grief par les Éleveurs de porcs du Québec, qui contestent la décision de l'entreprise Olymel de réduire ses achats de porcs québécois tout en poursuivant ses achats de porcs ontariens.


Dans son plaidoyer, M. Massie a soutenu que plusieurs signaux verts, dont un investissement massif à l'abattoir de Yamachiche pour en faire un abattoir de classe mondiale, lui avaient pourtant laissé croire qu'il pouvait aller de l'avant avec un nouvel investissement dans une maternité porcine de 1 400 truies. L'annonce récente d'Olymel, plus important transformateur de viandes de porc dans la province, l'a pris au dépourvu.


La main-d'oeuvre au coeur de la crise


Le président-directeur général de l'entreprise Olymel, Yanick Gervais, insiste sur le fait que la décision de réduire les achats de porcs de 25 000 têtes par semaine (15 000 au Québec et 10 000 en Ontario) dès mars 2022 n'a pas été prise de gaieté de coeur.


«Nous devons faire un pas derrière pour en faire un autre devant, mais dans une nouvelle direction», a-t-il illustré lors d'un entretien avec La Terre.


La fermeture des marchés d'exportation vers la Chine, qui permettait d'écouler les porcs à fort prix et avec peu de transformation, a poussé l'entreprise à recentrer ses activités sur les produits à valeur ajoutée pour tirer un meilleur profit de chaque pièce. «Mais nous ne pouvons pas abattre le même nombre de porcs, car nous n'avons pas assez d'employés à l'autre bout de la chaîne pour les désosser», explique M. Gervais, qui précise que l'objectif est de retrouver 100 % des capacités d'abattage des usines dès que la main-d'oeuvre sera au rendez-vous.


Le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, souligne que cette décision d'Olymel n'aurait jamais été prise si ce n'était de la grave pénurie de main-d'oeuvre qui touche le secteur. « C'est vraiment la pierre angulaire de notre avenir. Les transformateurs offrent pourtant des salaires parmi les plus élevés en Amérique du Nord, avec de bons avantages, mais la main-d'oeuvre ne suit pas, parce que ça reste des emplois peu attrayants. Je suis allé visiter un abattoir récemment où il y avait une salle équipée en neuf et complètement vide. Ça frappe. Je ne peux pas croire que le gouvernement va laisser des investissements dormir sans nous aider à recruter plus de main-d'oeuvre à l'étranger », a-t-il confié à La Terre.


Point de pivot


Ce choix d'aller vers les produits à valeur ajoutée était nécessaire pour se réajuster à la situation post-pandémique, croit l'agronome Martin Lavoie, président du Groupe Export agroalimentaire Québec-Canada. «On savait que la main d'oeuvre était un enjeu, mais la pandémie a exacerbé le problème pendant que d'autres s'y sont ajoutés, comme la fermeture des marchés d'exportation vers la Chine et l'explosion des coûts de production. C'est une situation chaotique qui a frappé le secteur, qui avait auparavant un modèle qui fonctionnait bien.»


Anthony Lévesque, agroéconomiste chez les Consultants Denis Champagne, entrevoit lui aussi un avenir rempli de défis pour les producteurs porcins. «J'aime quand même l'idée de voir cette crise de la COVID-19 comme une sorte de point de pivot pour l'industrie», avoue celui qui remarque d'ailleurs que de plus en plus de producteurs font preuve d'initiatives intéressantes pour réduire leur coût de production et dégager une meilleure marge de profit. Le porc québécois se cherche une voie. La pénurie de main-d'oeuvre dans les abattoirs pousse la filière porcine à repenser son avenir en «On pourrait doubler la production sans problème ».


Si ce n'était de la pénurie de main-d'oeuvre, la production porcine du Québec pourrait facilement doubler sans créer de vagues dans l'échiquier mondial, selon Martin Lavoie, président du Groupe Export agroalimentaire Québec-Canada. « Avec la demande, il y a une ouverture dans plusieurs marchés. Je ne crois pas que c'est l'intention des transformateurs québécois d'augmenter la production, mais ça pourrait se faire », précise-t-il à La Terre. À son avis, le Canada a une longueur d'avance sur plusieurs de ses concurrents en étant considéré comme un fournisseur de choix, notamment par le Japon, dont les exigences en matière de qualité sont très élevées. « Après, c'est une question de prix qui détermine si le produit sera préféré à celui des concurrents », dit-il.


Par : Patricia Blackburn (15/12/2021)

Source : La Terre de chez nous

Photo : Archives TCN


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