Les éleveurs de volailles sur le qui-vive


À peine arrivée dans la région, la grippe aviaire a déjà touché deux élevages à Saint-Gabriel-de-Valcartier. Quelques 20 000 dindons seront abattus dans les prochains jours pour restreindre la propagation du virus. Une épine de plus dans le pied des producteurs, qui doivent aussi composer avec des coûts de production en hausse et des difficultés pour renouveler leurs cheptels.


«Pour l’instant, c’est comme si on évoluait dans un champ de mine. Tout va bien tant qu’on ne marche pas dessus», explique le président de l’association des éleveurs de volailles du Québec Pierre-Luc Leblanc. À la date du 5 juillet, deux cas de grippe aviaire ont été recensés dans la région de la Capitale-Nationale, tous deux à Saint-Gabriel-de-Valcartier. La municipalité héberge 85 exploitations agricoles, réparties dans un secteur d’environ 10 km carrés, et la proximité de ces exploitations fait craindre à Pierre-Luc Leblanc une propagation incontrôlable.


Les exploitations de dindons ont installé des dispositifs pour contrôler la circulation humaine et limiter au maximum la propagation du virus, capable de décimer un élevage entier en quelques jours.


Selon M. Leblanc, les consommateurs ne devraient pas être affectés outre mesure par ce début d’épidémie, du moment qu’elle ne se propage pas à d’autres élevages. «Tant qu’on ne perd que 20 000 bêtes, les prix et la disponibilité des dindes ne devraient pas être affectées. Si le virus se propage, la situation sera plus compliquée». Malgré tout, «les Québécois devraient pouvoir acheter leur dinde pour l’Action de grâce», a-t-il rassuré.


Des craintes sur le long terme


Pierre-Luc Leblanc redoute surtout les difficultés à venir pour les éleveurs qui devront gérer des cas de grippe aviaire. «En tant qu’éleveurs, on fait face à ce problème relativement nouveau au Québec, mais qui était déjà connu dans les provinces de l’ouest. On sait que la situation va empirer à cause des oiseaux migrateurs qui viennent d’Europe ou des États-Unis».


Il craint aussi que le renouvellement des cheptels touchés par la maladie ne soit très compliqué.


« La grippe aviaire a fait de lourds dégâts dans les élevages européens, ça devient difficile de trouver des dindonneaux sur le marché pour renouveler les cheptels. » — Pierre-Luc Leblanc

Cette situation crée un stress financier pour les producteurs, qui voient leur source de revenu disparaitre pendant quelques mois, et qui vient s’ajouter à la difficulté de voir mourir les oiseaux. «C’est très difficile pour un éleveur, de voir des milliers d’oiseaux mourir d’un coup, ça affecte le moral», explique Pierre-Luc Leblanc.


D’autant que la grippe aviaire n’est pas le seul problème que doivent affronter les éleveurs de poulets et de dindons du Québec. «Depuis plusieurs mois, les prix du grain sont en hausse, notamment à cause de la guerre en Ukraine. Ça fait augmenter nos coûts de productions de beaucoup, on fait face à des pertes considérables». À terme, l’accumulation de problèmes sanitaires et financiers fait craindre au président de l’association des éleveurs de volailles du Québec, qui représente près de 800 producteurs dans la province, que certains producteurs n’aient pas d’autres choix que d’arrêter leur production. Selon lui, il faudrait que le gouvernement indemnise les éleveurs affectés, ce qui n’est pour l’instant pas le cas. «Les éleveurs n’ont aucune assurance quand ils perdent leur élevage. Même les coûts de désinfection et de nettoyage ne sont pas pris en charge, et il faut que ça change». Il précise que des discussions devraient toutefois bientôt avoir lieu entre les éleveurs et l’association des éleveurs du Québec. «Une fois qu’on aura un bilan chiffré des dégâts causés par l’épidémie, on ira voir le gouvernement à Ottawa et à Québec et on commencera à discuter».


Malgré toutes les conséquences pour les éleveurs, Pierre-Luc Leblanc ne craint pas de voir le marché de la volaille du Québec menacé par des produits importés depuis l’Europe ou le sud du continent. «Il y a des cas de grippe aviaire partout, la hausse du coût des céréales se répercute dans le monde entier, ce n’est pas un problème uniquement canadien. Vu que la viande est chère partout, on ne craint pas de céder du marché intérieur à d’autres pays».


Par : Justin Escalier (05/07/2022)

Source : lesoleil.com

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