Mise à jour des perspectives de 2022 pour le secteur porcin : rentabilité variable


L’invasion de l’Ukraine par la Russie a modifié les perspectives de 2022 pour le coût des aliments pour animaux, et la forte volatilité des prix se maintiendra pendant tout le reste de l'année, ce qui pourrait faire obstacle à la rentabilité.


Selon les prévisions de 2022, les prix des bovins devraient demeurer égaux ou supérieurs à ceux de 2021, mais les coûts élevés des aliments pour animaux continueront d’exercer des pressions sur les marges (tableau 1). On prévoit que les engraisseurs auront des marges négatives en moyenne, tandis que celles des éleveurs-naisseurs devraient se rapprocher du seuil de rentabilité. Une amélioration de l’état des pâturages et des terres fourragères dans l’Ouest du Canada sera cruciale pour la rentabilité du secteur de l’élevage-naissage.


En Ontario, on prévoit des prix légèrement supérieurs à ceux des dernières années pour les porcs, mais les marges devraient se situer sous la moyenne quinquennale en raison des coûts accrus des aliments pour animaux. Au Québec, les prix des porcs font l’objet d’un rajustement temporaire en vertu d’un accord conclu entre les producteurs et les transformateurs. D’après les données d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), les prix des porcs enregistrés en avril étaient de 13,5 % moins élevés au Québec qu’en Ontario.


Les transformateurs du Québec ont également accepté de réduire l’abattage de porcs de l’Ontario de 5 000 têtes par semaine au cours de cette période. Les coûts élevés des aliments peuvent aussi exercer des pressions sur les prix des porcs d’engraissement, que les prévisions du tableau 1 ne reflètent pas pleinement. On prévoit une hausse considérable des prix des porcs au Manitoba en 2022. Les marges seront serrées dans l’ensemble du secteur porcin.


Tableau 1 : Les prix du bétail (en dollar par 100 lb) devraient s’améliorer d’une année sur l’autre et excéder leur moyenne sur cinq ans



Sources : Statistique Canada, AAC, USDA, Canfax, CME Futures et calculs effectués par FAC.


En février, nous avons indiqué que les efforts déployés par la Chine pour reconstituer son cheptel porcin, la disponibilité et les prix des aliments pour animaux au Canada et la demande intérieure de viande rouge étaient les trois principaux facteurs influant sur la rentabilité des secteurs bovin et porcin du Canada. À ces facteurs, qui exercent toujours une influence dominante, s’ajoutent la guerre en Ukraine, ainsi que les répercussions des phénomènes météorologiques sur l’approvisionnement en aliments pour animaux à l’échelle mondiale en 2022.


La Chine déploie des efforts impressionnants pour reconstituer son cheptel porcin et les exportations changent de destinations


On prévoit une croissance d’environ 7 % de la production de porc en Chine d’une année sur l’autre, ce qui est légèrement supérieur à la progression de 5 % prévue au début de l’année (figure 1). Le rétablissement plus rapide que prévu du cheptel porcin de la Chine réduit les occasions d’exportation de porc du Canada. Bien que la production ne soit pas revenue aux niveaux antérieurs à l’épidémie de peste porcine, l’offre et la demande de porc sont plus équilibrées en Chine. Les importations de porc de la Chine devraient chuter de 19 % en 2022. Elles sont en partie responsables de la récente diminution de la valeur des découpes de porc aux États-Unis. À l’inverse, les importations de bœuf de la Chine devraient augmenter pour la troisième année consécutive; l’USDA prévoit une hausse de 4 % en 2022.


Figure 1 : La croissance de la production porcine de la Chine en 2022 est plus forte que prévu; ses importations de porc diminuent

Source : USDA.


Les importations de porc canadien par la Chine ont chuté de 67 % au premier trimestre de 2022 comparativement à la même période en 2021. Les exportations canadiennes vers les États-Unis ont augmenté de 56 % (figure 2). Au premier trimestre, le Canada a exporté pour un milliard de dollars de porc au total, ce qui représente une baisse de 10 % d’une année sur l’autre. Bien que la valeur des exportations trimestrielles ait atteint son niveau le plus bas des trois dernières années, les exportations demeurent très solides comparativement à ce qu’elles étaient avant l’épidémie de peste porcine. Le volume très élevé d’abattage de bovins et la diminution du cheptel reproducteur porcin aux États-Unis au premier trimestre portent à croire que la demande pour les exportations canadiennes de porc et de bœuf sera vigoureuse.


Figure 2 : Les États-Unis ont été la principale destination des exportations canadiennes de porc au premier trimestre

Source : Statistique Canada; comprend les codes SH 0203, 020630, 020641, 020649.


La disponibilité des aliments pour animaux est limitée et les prix sont élevés au Canada


Depuis la publication des perspectives initiales, la disponibilité des aliments pour animaux a diminué davantage en raison des stocks mondiaux limités et de l’incertitude accrue qui règne sur les marchés et découle de la guerre en Ukraine. On prévoit maintenant pour 2022 une hausse importante des coûts des aliments pour animaux comparativement à 2021, en particulier pour l’orge fourragère et le maïs (tableau 2). Pour l’année de culture en cours, les achats par le Canada de maïs cultivé aux États-Unis ont atteint un niveau record de 3,7 millions de tonnes en raison d’une baisse de la production céréalière dans l’Ouest du Canada.


Tableau 2 : Les prix des aliments pour animaux demeurent élevés

Sources : Statistique Canada, AAC, USDA, Canfax, CME Futures et calculs effectués par FAC.


L’un des principaux aliments pour animaux à surveiller ce printemps est le foin cultivé. La sécheresse qui a frappé les Prairies l’année dernière a perturbé la production, entraînant un déficit de 7,8 millions de tonnes métriques par rapport à la moyenne sur cinq ans (figure 3), de même que la plus faible production globale depuis 1949. La superficie de récolte du foin cultivé est en baisse depuis 2003, année où elle avait atteint un sommet, et le printemps 2022 n’a certainement pas facilité le retour des bovins dans les pâturages. Les importantes chutes de neige d’avril dans l’Est de la Saskatchewan et au Manitoba et la sécheresse en Alberta et dans le Sud-Ouest de la Saskatchewan ont obligé les éleveurs à continuer de nourrir leurs bêtes avec du foin. En février les prix du foin avaient bondi de 71 % d’une année sur l’autre et ils devraient demeurer élevés jusqu’à ce que les stocks puissent être reconstitués cet été. Les éleveurs de bétail auront bien besoin des pluies printanières et estivales. À l’inverse, la production de foin dans l’Est du Canada a été extrêmement abondante et favorable pour les marges des producteurs.


Figure 3 : La production de foin cultivé et la superficie qui y est consacrée diminuent au Canada

Source : Statistique Canada.


La demande intérieure de viande rouge et l’inflation


Le taux d’inflation de 14,1 % des prix de détail du bœuf enregistré en mars a provoqué la hausse des prix de détail des protéines animales. L’augmentation de 6,4 % des prix de détail du porc d’une année sur l’autre a été la plus faible comparativement à d’autres protéines comme le poulet (7,4 %) et les produits laitiers (9,0 %). À l’heure où les clients amorcent la saison des grillades, le bœuf coûte plus cher que le porc (figure 4). Le porc est devenu plus économique par rapport au poulet et au bœuf. Les prix de la volaille, en particulier ceux de la dinde et des œufs, continueront vraisemblablement à augmenter en raison de l’épidémie de grippe aviaire qui frappe l’Amérique du Nord.


Figure 4 : Moyenne mensuelle des ratios des prix de détail des protéines au Canada

Source : Statistique Canada.


Les prix des viandes rouges vont sans doute se stabiliser à des niveaux élevés en raison des coûts accrus dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement ainsi que de la demande vigoureuse de protéines au Canada et à l’échelle mondiale. Pourtant, une rentabilité soutenue pour les élevages de bovins et de porcs demeure impossible à atteindre dans le contexte actuel. Une récolte abondante en 2022 permettrait certainement d’alléger les coûts des aliments pour animaux.


Par : Justin Shepherd (17/05/2022)

Source : fcc-fac.ca

Photo : tirée de l'article original