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Mise en marché du porc : pas si simple disent des producteurs


Des producteurs porcins qui font eux-mêmes la mise en marché de leur viande ne craignent pas trop l’arrivée de nouveaux joueurs qui pourraient être tentés de faire la même chose avec les animaux qu’ils ne peuvent plus vendre au transformateur Olymel.


Rappelons qu’en raison de problèmes de main-d’œuvre dans ses usines de transformation, celui-ci abaissera ses achats de porcs québécois de 530 000 bêtes par année dans les prochaines semaines.


« Quelqu’un qui arrive pour vendre ses porcs en surplus, il va peut-être nous faire mal une couple de semaines en faisant du dumping, mais il ne le fera pas longtemps à ses frais », estime Nicolas Turcotte, copropriétaire de la Boucherie Turlo, à Saint-Gervais, dans Chaudière-Appalaches, qui possède des élevages de porcs, de porcelets et de pigeonneaux de chair. Il y a 18 ans, il a lancé sa propre marque en développant un produit de niche, le porcelet de grain Turlo. « Et après tout ce temps, j’ai l’arrogance de penser que ma marque est reconnue et que j’ai la confiance de mes clients », affirme-t-il.


Carole Marcoux, copropriétaire de l’entreprise Le Porc de Beaurivage, située à Saint-Patrice-de-Beaurivage, dans Chaudière-Appalaches, croit aussi que les producteurs qui seront tentés de faire la mise en marché des porcs qu’ils ne peuvent plus vendre à Olymel se buteront à d’énormes défis. « J’ai des gens qui, dernièrement, se sont informés pour savoir comment s’y prendre, révèle-t-elle, mais même si ça semble simple, ce ne l’est pas. Par bouts, on est déjà trop [dans ce type de marchés] », constate celle qui dit s’être « tiré les cheveux plus d’une fois » pendant la pandémie, alors que les restaurants, qui sont ses principaux acheteurs, ont dû fermer.


Une saine compétition


Pour le producteur Alexandre Aubin, propriétaire avec son frère Nicolas de la Ferme Gaspor, qui produit du porcelet de lait servi sur les tables de grands restaurants à travers le monde, de New York jusqu’au Japon, l’arrivée de nouveaux joueurs fait partie d’une sorte de cycle naturel qui amène une saine compétition, et qui peut même être stimulante. « Plus que tu as de monde, plus que tu as de bonnes idées, mais aussi de gens qui les copient », nuance-t-il.


L’énergique entrepreneur de Saint-Jérôme, dans les Laurentides, prévient toutefois les producteurs qui souhaitent se lancer dans l’aventure que l’équilibre entre la production et le marché est très difficile à trouver. « Car celui qui a juste dix cochons ne calcule pas tous ses coûts et arrive avec des prix agressifs, mais dès que tu veux devenir plus gros, que tes clients t’en demandent plus, tu rentres dans un autre modèle qui t’impose une structure et là, tu n’as plus le choix d’y attribuer les vraies charges, pour le transport, ta salle de découpe, tes employés, etc. » Selon lui, la perte d’un seul client peut faire abaisser la production de 30 % et mettre en péril toute la structure dans laquelle le producteur vient d’investir.


Par : Patricia Blackburn (12/03/2022)

Source : laterre.ca (La Terre de chez nous)

Photo : Boucherie Turlo (tirée de l'article original)

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