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Pas de BAPE pour le projet de porcherie à Maricourt


L’avenue de tenir un Bureau d’audiences publiques du l’environnement (BAPE) concernant le projet de porcherie à Maricourt serait officiellement écartée par le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette. C’est ce qu’a confirmé l’attachée de presse du ministre à La Tribune, mercredi. Mais les détracteurs du projet n’entendent pas en rester là.


« Le certificat d’autorisation ayant été donné et toute la procédure maintenant dûment complétée, la question du recours au pouvoir discrétionnaire du ministre ne se pose plus », avance l’attachée de presse du ministre, Rosalie Tremblay-Cloutier, par voie écrite.


« Des séances d’informations publiques ont toutefois été tenues par la MRC Saint-François, permettant ainsi aux citoyens de s’exprimer et de faire part de leurs commentaires. D’ailleurs, des mesures de mitigations ont été mises en place », écrit-elle également.


Rappelons que tout projet de porcherie de 4000 porcs et plus doit être soumis à un BAPE. Cependant, le projet de développement actuellement proposé compte 3996 porcs, il a donc obtenu l’autorisation du Ministère pour sa construction avant de faire l’objet d’une consultation citoyenne auprès de la MRC du Val-Saint-François le 28 avril 2021. Cette dernière pouvait uniquement porter sur des mesures d’atténuation pour faciliter l’intégration du projet dans son milieu, et non sur son acceptabilité sociale.


Cependant, considérant le nombre de porcs, tout près de la limite, et qu’il s’agit du deuxième projet du genre en moins d’un an dans le secteur, un groupe de citoyens demandait tout le même la tenue d’un BAPE à son sujet. Requête qu’a officiellement formulée la municipalité de Maricourt et qu’ont appuyée la porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement et députée libérale de Verdun, Isabelle Melançon, ainsi que l’Union Paysanne.


En vertu de la mise à jour de la Loi sur la qualité de l’environnement, le ministre Charrette a le pouvoir de demander la tenue d’un BAPE sur des enjeux importants.


Un dernier recours?


Les conseillers municipaux de Maricourt Alexandre Tessier et Léo Dandurand affirment qu’aucune réponse officielle n’est venue de la part du Ministère jusqu’à la municipalité. Ils ont plutôt appris la position du ministre Charrette par la voie des médias.


« Je ne suis pas surpris, mais je suis déçu, résume Alexandre Tessier, qui se dit opposé à l’agriculture industrielle. J’espère convaincre le Conseil de Maricourt de voter contre l’émission du permis de construction. Je n’ai pas l’intention de dépenser l’argent des citoyens pour aller en cour pour se battre conte les cultivateurs, qui est dans ses droits. Mais si on peut au moins faire lever la poussière pour stimuler le débat et ramener ça un peu plus à l’Assemblée nationale et à nos décideurs pour que de vrais choix soient faits à long terme; de vraies visions qui vont être bonnes pour tout le monde : les agriculteurs, les citoyens, tout le monde, pas seulement un individu qui cherche à faire plus d’argent. »


Celui-ci précise également que par manque d’information, le conseil municipal aurait dépassé le temps prescrit de trois mois pour demander un BAPE à propos du projet.


Le citoyen militant Pierre Avignon, porte-parole du groupe Vers un Val vert, estime que le conseil municipal devrait envisager de refuser de délivrer le permis de construction de la porcherie. « Il y a des élections municipales en novembre et on demande encore de faire une réflexion de fond, je pense que ce serait plus sage de reporter la décision », dit-il.


« Ayons une vraie discussion »


Pierre Avignon considère les mots de l’attachée du ministre Charrette comme une réponse ni officielle ni appropriée en regard de l’essence du débat que mène la collectivité.


« L’attachée dit qu’il y a eu consultation publique. Or, dans les consultations publiques, on s’est fait dire qu’on pouvait uniquement nous prononcer sur les mesures d’atténuation. C’est contradictoire », note-t-il.


MM Tessier et Avignon déplorent aussi ne pas avoir pu obtenir davantage de détails sur le projet lors des consultations publiques de la MRC, par exemple à qui seront destinés les porcs. Ils soupçonnent ainsi l’implication d’un intégrateur agroalimentaire dans le tableau.


« La demande de la municipalité, ça ne concerne pas seulement Maricourt. Notre prétention juridique, c’est qu’il y a une forme de détournement de la loi parce que c’est le même intégrateur qui serait derrière plusieurs projets et donc qui dépasserait la limite de 4000 porcs. »


« Si les gens veulent nous confronter sur le fond, on ne demande rien de mieux, poursuit-il. Mais ayons une vraie discussion sur le fond. Dites-nous qui est derrière le projet, où va être épandu le fumier... Il y a un manque de transparence et c’est comme si après, on nous fait passer pour des anti-agriculteurs alors que dans le fond, c’est nous qui voulons protéger le nombre de petites fermes au Québec et permettre que les terres visent l’autonomie alimentaire et non pas l’exportation. »


Rappelons que 70 % du porc produit au Québec est vendu à l’étranger.


« À titre de citoyen, je ne suis pas d’accord avec ce type d’agriculture industrielle, partage Alexandre Tessier. Ce n’est pas un projet que je trouve intéressant pour la région. D’ailleurs, ce n’est pas un projet porté par un citoyen de Maricourt, mais bien de Saint-Valérien-de-Milton, dans une autre MRC.


Par Jasmine Rondeau (17/06/2021)


Source : latribune.ca


Photo : tirée de l'article original

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