Porcheries de Saint-Adelphe: le ministre Charette refuse le BAPE


Le ministère de l’Environnement a confirmé mardi en fin de journée qu’il n’y aurait pas de Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) entourant le projet de trois porcheries totalisant près de 12 000 porcs dans la municipalité de Saint-Adelphe comme le réclamaient une portion de citoyens. Toutefois, une pétition en ligne circule demandant de suspendre les autorisations pour la construction des porcheries.


La réponse est tombée, il n’y aura pas de BAPE demandé par le gouvernement pour le projet de Saint-Adelphe. «Les projets qui n’ont pas à être soumis à un BAPE doivent répondre à un ensemble d’exigences environnementales prévues dans les lois et règlements en vigueur. Quant au pouvoir discrétionnaire du ministre d’exiger que le projet passe par le BAPE, celui-ci ne peut s’appliquer rétroactivement à l’octroi d’une autorisation», a indiqué le cabinet du ministre de l’Environnement Benoît Charette au Nouvelliste.


Les autorisations en question ont été reçues par la Municipalité cet été. La Loi sur la qualité de l’environnement prévoit en effet que le ministre dispose de trois mois suivant le dépôt d’une demande d’autorisation pour se prévaloir de ce droit. «Or, dans ce cas-ci, les autorisations ont déjà été octroyées, donc le recours au pouvoir discrétionnaire du ministre ne se pose plus», précise l’attachée de presse du ministre.


Pourtant, encore lundi en commission parlementaire, le ministre Charette se disait «réticent à aller en BAPE» sans pour autant écarter cette éventualité lorsque questionné sur le dossier. La loi sur la qualité de l’environnement indique toutefois ceci: «la Loi confère au gouvernement le pouvoir d’assujettir un projet au processus d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement s’il considère que les enjeux environnementaux suscités par le projet sont majeurs et que les préoccupations du public le justifient».


Un manque de volonté du gouvernement


Avisée de cette annonce par Le Nouvelliste, Véronique Bégin, citoyenne de Saint-Adelphe et figure de l’opposition à l’industrie porcine, s’est dite surprise de cette confirmation. «Je suis déçue, c’est certain. Il y a un manque de jugement moral… Ce projet ne représente pas de l’agriculture porcine, mais plutôt une usine à cochons!», déplore la mère de famille.


Pour Nathalie Lefebvre, à la tête du comité citoyen de sauvegarde de l’environnement, ce refus s’apparente à un défilement. «C’est un manque de volonté. Ce n’est pas digne d’un ministre de l’Environnement. Il n’y a pas eu d’évaluation véritable des risques, rien d’indépendant. On va maintenant probablement nous proposer de maigres mesures d’atténuation. On dirait que tout est ficelé et qu’on n’a rien à dire», se désole-t-elle.


Rappelons que le projet déposé à la municipalité de Saint-Adelphe comprend trois porcheries dédiées à l’engraissement sur un même site de 3 999 porcs chacune, alors qu’un BAPE est nécessaire pour les porcheries de 4000 bêtes et plus.


Madame Lefebvre estime que cette réponse démontre le peu d’intérêt pour les risques environnementaux liés à l’épandage de lisier de ces porcheries de la part du gouvernement. «La CAQ est centrée uniquement sur l’économie, aux dépens des réalités des petites municipalités», ajoute la citoyenne.


Si la tenue d’un BAPE semble maintenant une quête vaine, la citoyenne souhaite toutefois que soit repoussé l’octroi des permis de construction «d’ici une étude d’impacts menée par une firme indépendante». Elle indique se mettre en relation auprès d’organismes environnementaux comme la Fondation Rivières pour du soutien afin de poursuivre des démarches en ce sens.


Ce sera pourtant au conseil municipal de donner le feu vert pour les permis de construction et non au ministère. Les élus devront se prononcer, à la suite de recommandations de la commission municipale responsable de l’étude du projet. Le conseil se réunira pour aborder la question le 7 février prochain.


«Il est inconcevable que ces projets puissent aller de l’avant!»


«Ce n’est pas la première fois que le ministre refuse d’utiliser son pouvoir discrétionnaire et c’est décevant! Le BAPE aurait été nécessaire dans ce dossier. Encore une fois, la CAQ n’entend pas les citoyens sur une question environnementale. Que font les députés caquistes de la Mauricie? Vont-ils faire entendre raison au ministre de l’Environnement?», s’est exclamée Isabelle Mélançon, députée de Verdun et porte-parole officielle en matière d’environnement.


«En ce moment, le ministre a la capacité d’appeler à un BAPE même si on n’est pas à 4000 bêtes, mais il ne le fait pas», se désole l’ancienne ministre de l’Environnement. Elle dit ne pas remettre en cause le travail effectué par la Municipalité dans ce dossier.


«Je ne remets pas en cause leur travail, au contraire, je trouve que Saint-Adelphe, qui a une population de moins de 1000 habitants, en a beaucoup sur les épaules en ce moment!»


Québec solidaire Mauricie a également réagi au projet des trois porcheries, en plus de commenter le dossier des coupes forestières du côté de Saint-Mathieu-du-Parc. «Il est inconcevable que ces projets puissent aller de l’avant sans consultation véritable des communautés et sans évaluation des impacts environnementaux.»


«On nous présente ces projets comme étant trop avancés pour reculer. Or, c’est totalement faux. Les lois québécoises confèrent au ministre de l’Environnement et au ministre des Forêts le pouvoir d’intervenir pour suspendre les autorisations le temps que les analyses soient réalisées», s’indigne Simon Piotte, co-porte-parole de Québec solidaire Mauricie.


Le ministre Charette a tenté de se montrer rassurant en commission parlementaire. «S’il n’y a pas de BAPE, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’autorisations environnementales nécessaires. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’audiences publiques qu’il n’y a pas de rôle assumé par le ministère de l’Environnement.»


Depuis mardi, une pétition en ligne circule afin, notamment, de suspendre les autorisations du ministère de l’Environnement. En soirée, le document recueillait plus de 130 signatures. Les instigateurs souhaitent en obtenir 10 000 d’ici au 31 janvier afin de continuer à «faire pression» sur le ministre. «Rendu à ce nombre, il ne pourra plus vraiment nous ignorer!», estime Véronique Bégin.


Par : Geneviève Beaulieu-Veilleux (18/01/2022)

Source : lenouvelliste.ca

Photo : tirée de l'article original