Taxer la viande rouge comme on taxe le tabac


Taxer la consommation de viande rouge est une mesure que les gouvernements devraient sérieusement considérer pour atteindre leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre, mais elle doit être bien réfléchie pour limiter l'impact sur les plus vulnérables, selon l'économiste François Delorme.


Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques (GIEC) incite les citoyens de la planète à diminuer leur consommation de viande pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liés aux changements climatiques.


Comment on fait ça, déclencher un changement de comportement comme celui-là dans notre système d’économie de marché : c’est par les prix, soutient François Delorme, économiste à l'Université de Sherbrooke.


Selon ses calculs, pour inciter les consommateurs à modifier leurs habitudes suffisamment pour permettre d'atteindre nos objectifs climatiques, le prix de la viande rouge devrait doubler.


Il concède qu'une augmentation aussi radicale sera très difficile à encaisser pour les consommateurs. Ça va être difficile à faire avaler, si vous me permettez le mauvais jeu de mots, prédit-il.


D'autant plus que les habitudes alimentaires sont profondément ancrées dans des traditions culturelles, souligne-t-il.


C’est délicat, on touche à quelque chose d’extrêmement sensible. […] C’est parce que ce n’est pas un bien comme les autres, c’est chargé culturellement, c’est chargé socialement. On pourrait taxer les tournevis, ce ne serait pas pareil, affirme François Delorme.


Transition alimentaire


Compte tenu de la forte production de méthane par les animaux d'élevage, taxer la viande rouge pour en réduire la consommation par les citoyens est l'une des mesures qui devraient donc être sérieusement envisagées par les gouvernements, selon lui.


Une réflexion doit néanmoins avoir lieu afin de limiter les dommages causés par la transformation profonde de l'industrie de l'élevage et agricole que cela entraînerait.

C’est exactement comme l’industrie du pétrole. Ce n’est pas une question de débrancher les puits de pétrole et puis de dire : "Bon, maintenant, vous vous arrangez." Il faut être clairvoyant, il faut planifier les choses […] Si cette industrie-là a peu d’avenir dans le contexte actuel, bien il faut organiser une transition, il faut organiser le réoutillage de la formation des gens qui travaillent là. On ne fait pas ça du jour au lendemain, affirme-t-il.


Il voit également un lien entre les taxes adoptées pour réduire le tabagisme, qui a un coût élevé en termes de soins de santé pour l'ensemble de la population, et l'imposition d'une taxe sur la viande rouge, dont la consommation entraîne de sérieuses conséquences environnementales.


Il est primordial que la taxe soit modulée pour ne pas avoir un impact disproportionné sur les personnes à faible revenu, insiste-t-il.


La taxe devrait également s'accompagner d'efforts de promotion et d'éducation par rapport à l'alimentation végétarienne, selon lui.


(voir article original et écouter le balado)


Source : ici.radio-Canada.ca | Ohdio (13/05/2022)

Photo : Attraction (tirée de l'article original)